Oui, ces journées à ne rien faire me donnent comme avant-gout de vacances. J'aime ces journées que je passe chez moi alors que le beau temps n'est pas au rendez-vous, que toutes les lumières sont allumés, qu'il y ait comme une bonne et douce odeur d'un prochain repas, j'aime quand l'heure de dormir est arrivée et que les gouttes de pluie tapent sur le velux. J'attends patiemment ces jours où il fera nuit le matin quand je prendrais le bus et quand je rentrerais chez moi avec mes amis, la grosse écharpe enroulée soigneusement autour de mon cou, en parcourant les rues illuminées par les réverbères. En attendant, je déguste l'automne que je déteste mais que j'accepte tout de même. J'aime ces moments que je passe dans ma chambre avec ma mère, quand elle me raconte la Kabylie de son enfance, les bêtises de ses frères et soeurs, ses idoles d'adolescente, en particulier Enrico Macias qu'elle prend plaisir à fredonner, comme "On se voit tous les jours en cachette quand on est amoureux", ou des "Ah qu'elles sont jolies les filles de mon pays", ou encore quand elle me chante "Lydia ne t'en va paaaas" d'un vieux chanteur méconnu. J'aime quand sa s½ur nous envoie un tas de textos sur le téléphone fixe parce qu'elle profite de ses textos illimités et envoie des "Lydia prépare le café j'arrive", "alors vous mangez quoi les enfants ?" ou "je me suis trompée je pensais être au domicile de Carla Bruni" qu'une voix enregistrée nous rapporte. J'aime quand ma petite s½ur veut que je lui mette du "violet" sur les ongles, quand je joue à la console avec mon ainé, quand je bouquine sans qu'on m'interrompt, j'aime ces moments-là, ces simples et petits plaisirs quotidiens. Je ne suis pas d'une nature "hivernale", je préfère de loin les jours printaniers, mais je ne sais pas, j'ai hâte que l'hiver commence. J'ai aimé me rendre ce samedi matin à l'arrêt de bus seule, dans ce sombre matin, qui me donnait l'impression d'être une sombre nuit. J'avais comme un goût d'une enivrante liberté et je marchais au rythme de la musique qui battait dans mes oreilles. Je vivais. Et j'ai hâte de vivre un tas de nouvelles choses. Je suis simplement heureuse d'être en vie et de ne dépendre de personne. Heureuse de savoir vivre au jour le jour.